Face à l’urgence, ces militants qui désobéissent pour le climat

Face à l'urgence, ces militants qui désobéissent pour le climat
« Les mains en triangle au-dessus de la tête pour demander le calme, les mains secouées en l’air pour applaudir, les mains en T pour réclamer une pause… »  

C’est sur ces indications techniques, utilisées lors d’assemblées générales ou de prises de parole, que débute la formation à la désobéissance civile organisée dans un local associatif du XXe arrondissement de Paris par le collectif Action Non Violente – COP 21, un jeudi soir du mois de mars.
 
Refus public et assumé de se soumettre à la loi, la désobéissance civile n’est pas un nouveau concept. Elle a été théorisée dès la fin du XIXe siècle par le philosophe américain Henry David Thoreau. La désobéissance civile réunit toutes les formes d’expression politique qui ne s’inscrivent pas dans le cadre de la loi à l’inverse des pétitions et des manifestations déclarées.

On y retrouve par exemple la lutte du Larzac dans les années 1970, les actions de l’agriculteur Cédric Herrou, le mouvement Occupy Wall Street en 2011 ou encore Nuit Debout en 2016.

Mais face à l’urgence climatique et sociale, elle suscite un nouvel engouement. Des jeunes et des moins jeunes ne se contentent plus de signer des pétitions ou de participer à des marches familiales. Ils veulent agir de façon plus directe.


Face à l'urgence, ces militants qui désobéissent pour le climat
« Depuis l’électrochoc de la démission de Nicolas Hulot et les marches pour le climat qui ont suivi, de plus en plus de personnes s’intéressent à notre mouvement », explique Raquel, militante chez ANV-COP21, qui dirige la formation. Nicolas, lui aussi militant de l’association, se réjouit : « On avait presque 150 demandes pour la soirée, on a été obligés d’en refuser ! »

L’été dernier, entre juin et octobre, Alternatiba (antenne « solutions » d’ANV-COP21) a organisé un tour de France à vélo avec 105 formations à l’action non violente, qui ont attiré 2 500 personnes. Et les propositions de stage de formation à la désobéissance se multiplient sur les pages Facebook d’autres collectifs comme Les Désobéissants ou l’antenne française d’Extinction Rebellion (XR).


Désobéir sans violence
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Ce soir-là, ils sont 50, agglutinés devant un rétroprojecteur, face aux formateurs. Pendant plus de trois heures, Raquel et Nicolas alternent entre présentation des principes de la désobéissance civile, astuces en cas d’arrestation et promotion de futures mobilisations pour recruter des nouveaux membres.
 
« Légalité ne veut pas dire justice », assènent les deux militants, citant en exemples les interdictions de voter ou de posséder un compte bancaire qui ont longtemps visé les femmes.

Souvent confrontés aux forces de l’ordre, les formateurs partagent des techniques pour leur compliquer la tâche : se couvrir de peinture pour éloigner les policiers, faire le « poids mort » en cas d’arrestation…

Si ces actions sont parfois illégales, elles sont résolument non violentes : les dégradations de matériel, les agressions physiques ou verbales sont exclues. Et les actions toujours assumées. « On y va à visage découvert et s’il y a un problème, c’est tout le groupe qui est responsable », insiste Raquel.


#SortonsMacron, déboulonneurs et gardes à vue
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Malgré ces précautions, de nombreux militants se sont déjà retrouvés en garde-à-vue, comme à la suite de leur dernière opération en date : #SortonsMacron, des décrochages de portraits officiels d’Emmanuel Macron dans les mairies organisés dans toute la France.

Les participants s’exposent à des accusations de vol en réunion et manifestation non-déclarée. En moins d’un mois, ils recensent déjà 14 gardes à vue, 5 perquisitions et 2 procès prévus à Lyon au mois de septembre. Le 28 février, We Demain a suivi le collectif dans les mairies des IIIe et IVe arrondissements de Paris.

L’action dure deux heures et prend des airs de film d’espionnage. Avec une organisation millimétrée et des rôles bien définis, une petite équipe de militants s’introduit dans les mairies, prétextant visiter la salle des mariages pour celui d’un ami. Les portraits officiels d’Emmanuel Macron sont décrochés par des « déboulonneurs » pendant que des « médiateurs » occupent les agents de sécurité. Puis un photographe prend le cliché qui figurera sur le communiqué de presse et le portrait rejoint d’autres cadres subtilisés dans un endroit resté confidentiel.
 


« En laissant un mur nu, on veut symboliser le vide de la politique d’Emmanuel Macron », explique Marion, porte-parole d’ANV-COP21 à Paris, « on ne veut plus dialoguer, on veut des actions et on continuera de réquisitionner les portraits tant que l’État ne fera rien sur le plan social et environnemental. »


Un public divers qui ne veut plus obéir
Des moyens d’action qui ont séduit Estelle, 29 ans, présente à la formation : « Dans la crise sociale qui secoue la France en ce moment, j’ai envie de voir comment on peut agir autrement qu’en marchant avec les syndicats de Bastille à République un samedi de temps en temps ».
 
Parmi les participants (âgés de 20 à 40 ans), certains ont déjà participé à des actions de désobéissance civile, comme Hélène. Elle faisait partie des 900 « nettoyeurs » qui ont envahi les agences parisiennes de la Société Générale le 14 décembre dernier, armés de balais et serpillères pour « nettoyer la banque championne des énergies sales ». Venue par curiosité avec une amie, Hélène a été convaincue : « C’était un super moment, très convivial et surtout qui avait du sens ! »
 
Une participation en hausse donc, mais pas partout, comme le rappelle une militante d’Alernatiba« Dans le microcosme parisien écolo, ça bouge beaucoup et il y a de plus en plus de mobilisations, mais quand je rentre chez moi en province, l’engouement n’est pas le même. »


Convergence des luttes
Aussi, les activistes du climat appellent à une convergence des luttes. Cette convergence se manifeste déjà lors d’actions telles que le blocage du pont d’Iéna, à Paris, samedi 9 mars. 250 personnes, Gilets jaunes et militants écologistes confondus, se sont rassemblées sous le mot d’ordre « Fin du monde, fin du mois, même colère, même combat. » 

Le week-end du 16 mars, qui s’annonce chargé en mobilisations, est également placé sous le signe de la convergence. Une conférence de presse commune sur le sujet était organisée ce mardi 12 mars à la Base, réunissant des Gilets jaunes, des associations écologistes et des collectifs œuvrant contre les violences policières.

Et une vaste action de désobéissance civile est d’ores et déjà prévue ce vendredi en région parisienne par plusieurs collectifs de jeunes mobilisés pour le climat. Rien n’a pour l’heure été dévoilé quant à la nature de cette action.
 

 


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